Isis Latorre : voyager en communauté de nomades digitaux

Isis Latorre

 

La semaine dernière, je t’avais promis une belle surprise. C’est maintenant le temps de te la dévoiler. En fait, cela fait plusieurs semaines que je travaille sur cette interview d’Isis Latorre du blog Les Nouveaux Travailleurs. Tu l’auras compris, Isis est blogueuse, et depuis quelques mois elle voyage en Amérique Latine à la manière des digital nomad. Je te laisse découvrir cette interview sans plus attendre, soit dans la version podcast (juste au-dessus), soit dans la version écrite 😉

L’expérience d’Isis Latorre en tant que nomade digital

DND : Bonjour Isis. Tu es nomade digital depuis quelques mois. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton expérience ?

Isis Latorre : Salut ! Oui, donc je vais commencer par expliquer ce que ça signifie pour moi être nomade digital.

Digital, c’est pour le fait de travailler sur un ordinateur à distance, et nomade, c’est pour le fait de bouger et de changer régulièrement d’endroit.

Du coup, je considère que j’étais déjà nomade digital quand j’habitais à Paris, parce que je n’avais pas de bureau fixe. En fait, je changeais de lieu de travail régulièrement. Je travaillais chez moi et dans des cafés.

Après, je considère que je suis devenue nomade digital international, parce que j’ai ajouté la partie voyage. Donc je ne changeais plus seulement de bureau, mais aussi de maison. Ça, c’était en juin 2018. J’ai décidé à ce moment-là de quitter mon appartement à Paris et de rapporter mes affaires chez mes parents à Montpellier. Puis, j’ai pris des billets d’avion pour partir en Amérique Latine, parce que c’est le continent que j’avais envie d’explorer.

Comme je n’avais vraiment pas envie de voyager toute seule pour commencer, j’ai rejoint une communauté qui s’appelle WiFi Tribe. C’est un groupe d’une vingtaine de personnes qui voyagent ensemble, et qui changent de pays chaque mois. On habite ensemble, mais vu qu’on est vingt, on a plusieurs maisons et appartements dans le même quartier.

La semaine, on va travailler soit dans des maisons, soit dans des espaces de coworking, soit dans des cafés. Et le week-end et les soirs, on va les passer ensemble à sortir, à découvrir la ville, la culture et à faire du tourisme.

Ce groupe-là change un petit peu de mois en mois. Il y en a qui restent, il y en a qui s’en vont, il y en a qui arrivent.

En juin-juillet, pendant six semaines, j’étais en Bolivie. En août, j’étais à Rio au Brésil. En septembre, j’étais en Argentine. Et là, depuis vendredi dernier, je suis arrivée à Playa Del Carmen au Mexique. J’ai décidé de rester un mois avec cette communauté, puis deux mois de mon côté, pour passer un peu plus de temps dans le même endroit, et aussi pour me concentrer sur mes objectifs professionnels.

 

Nomade digital

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DND : Wow, ça fait beaucoup de pays en peu de temps. Est-ce que l’Amérique Latine est à la hauteur de tes attentes ?

Isis Latorre : En fait, je n’avais pas beaucoup d’attentes. J’avais visité un peu le Mexique et le Costa Rica avant. J’ai juste une affinité avec ces cultures-là, le côté latin. Après, j’ai remarqué qu’il y avait pas mal de différences entre les cultures des trois pays que j’ai fait.

Les deux seuls bémols que je vois, c’est que comme je suis partie en été français, en arrivant en Amérique du Sud, c’était l’hiver. Donc ce n’est pas un hiver aussi froid qu’en France ou au Canada, mais c’était quand même entre 15 et 23°. Du coup, moi qui avais envie de soleil et de chaleur, je ne l’ai pas eu jusqu’à présent, mais maintenant, je suis au Mexique donc ça va.

Et le deuxième bémol, c’est Internet. Il y a des endroits, des cafés, des espaces de coworking où il est très bon. Mais après, dans les maisons, et dans certains endroits, il n’est pas toujours de bonne qualité. Quand on était en Bolivie, on a mis plein de genre de routeurs pour maximiser le Wi-Fi dans la maison, mais il y avait encore des coupures, ou alors le Wi-Fi était faible parce qu’on était quinze à tirer dessus.

De ce que j’ai compris des digital nomad qui sont en Asie, ils n’ont pas ce problème-là là-bas. Donc c’est le bémol que je vois à l’Amérique Latine, comparé à l’Asie. C’est aussi beaucoup plus cher. Légèrement moins cher qu’en France. Heureusement, je l’avais prévu dans mes plans donc je ne peux pas dire que je ne m’y attendais pas.

 

DND : Le prix d’un loyer s’apparente à quoi ?

Isis Latorre : Alors ça, je ne peux pas te dire parce que je paye WiFi Tribe chaque mois, l’équivalent de 750 euros. Ça inclus le loyer et le service rendu par WiFi Tribe qui s’occupe de créer la communauté, de trouver les logements et tout ça. Donc, en fait, je ne connais pas le prix qu’ils payent chaque mois pour une maison. Après, je n’ai pas regardé sur Airbnb pour voir combien ça coûtait.

Là par exemple au Mexique, on a loué un appartement pour trois dans un immeuble, donc trois lits, deux chambres et on paye quelque chose comme 350 $US pour la semaine. Donc je ne trouve pas que ce n’est pas cher.

 

Partir avec une communauté de digital nomad

DND : Comment as-tu trouvé WiFi Tribe ?

Isis Latorre : Je crois qu’au début, sur mon fil d’actualité Facebook, j’avais des pub pour une autre communauté qui s’appelle Remote Year. C’est un peu le même principe, sauf que tu as le choix entre deux programmes : quatre mois ou un an. Je m’étais dit que c’étais absolument fait pour moi, mais à l’époque, je n’étais pas encore à 100 % sur mon blog, donc je ne pouvais pas encore le faire.

Plus tard, quand j’ai senti que j’étais prête à voyager, mais que je n’avais pas envie de voyager seule, je me suis dit que j’allais me renseigner sur Remote Year, et voir s’il y avait d’autres sites semblables. Remote Year me paraissait un peu cher, donc je voulais voir s’il y avait des concurrents un peu moins chers et peut-être dans d’autres états d’esprit.

J’ai même fait un article, avec une liste de sept communautés que j’ai trouvées. Et d’ailleurs, quand j’ai fait l’article, WiFi Tribe était à la fin. Je n’y avais pas vraiment prêté attention parce qu’au bout de sept, je me disais que c’était toujours la même chose. Mais finalement, au moment de vraiment choisir, je suis retournée voir les sites, et WiFi Tribe était le seul qui affichait les valeurs de la communauté. Donc j’ai pu m’identifier à ces valeurs et me dire : « Ok, je pense que j’ai ma place dans cette communauté ». J’ai donc décidé de les rejoindre eux.

Pour les trouver, j’avais utilisé Google, je ne sais plus trop avec quel mot-clé. Je suis aussi tombée sur un site qui s’appelle Coworkation et qui liste des « retraites », des endroits où on peut partir en tant que digital nomad ; une semaine, deux semaines, un mois voir plus. Et parmi ceux qui étaient listés, il y avait WiFi Tribe. Donc, c’est comme ça que je les ai découverts.

 

DND : Est-ce que ça a toujours été clair pour toi que tu voulais partir en groupe ou est-ce que tu avais aussi envisagé de partir toute seule ?

Isis Latorre : À la base de la base, j’avais décidé de partir faire un tour du monde de un an, sans travailler. Ça, c’était le tout premier projet. En fait non, le tout premier projet, c’était le trouver un stage ou un travail à l’étranger. À la fin de mes études, je n’ai pas trouvé, donc j’ai laissé tomber et je suis allée à Paris.

Après mon deuxième projet, c’était ce tour du monde d’un an, juste pour me faire plaisir, pour voyager. Donc j’avais commencé à économiser pour ça. Et finalement, quand j’ai découvert qu’on pouvait travailler et voyager en même temps, je me suis dit que cela me correspondait mieux parce que j’aime travailler. Enfin, sur des projets qui m’intéressent, comme le blog.

Au début, j’avais prévu de faire ça toute seule. Mais entre le moment où j’ai eu l’idée, et le moment où je suis partie, il y a eu un laps de temps de deux ans. Pendant ces deux ans, j’habitais à Paris, et il y a un sentiment de solitude qui s’est créé parce que même si j’avais beaucoup de mes amis qui étaient là, j’avais l’impression de ne pas les voir assez souvent. Je n’arrivai pas moi-même à être assez dynamique pour organiser des choses avec eux. Et donc, je n’avais pas envie de me retrouver toute seule. Je sentais que j’avais un besoin d’être entourée, un besoin social, donc au bout d’un moment j’ai décidé que je partirai avec d’autres personnes.

 

Les nouveaux travailleurs

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Qu’en pensent la famille et les amis ?

DND : Et justement, tes amis, ton entourage, qu’est ce qu’ils pensent de ce mode de vie ?

Isis Latorre : Je pense qu’il a en a toute une partie que ça fait rêver. Un peu trop parfois. J’ai même une copine qui m’a dit que pendant une période où elle ne se sentait pas super bien psychologiquement, elle ne voulait pas regarder tous mes posts Instagram, et tout ce que je publiais parce que ça la dégoûtait. Elle avait envie d’être à ma place, et elle savait très bien qu’elle ne pouvait pas à ce moment-là. Il n’y a que maintenant qu’elle se sent mieux qu’elle commence à regarder.

Donc il y a un peu cet effet avec les réseaux sociaux. On imagine toujours que c’est mieux que ce que c’est en réalité. On voit moins les effets négatifs, même si moi, j’essaie d’en parler un peu. Mais je sais très bien que ça donne une meilleure impression que ce que c’est en vrai, même si j’adore.

Mes parents eux, ils voient ça comme quelque chose de provisoire. En gros, c’est quelque chose qui va durer un an, et après, je vais me stabiliser. Moi honnêtement je ne sais pas si ça va durer un an, deux ans, trois ans, ou plus. Ou si ça va être un an, puis un an en France, puis un an en voyageant.

Et puis après, la grande majorité de mes amis me font plutôt des commentaires comme : « Ah, c’est chouette ! T’as l’air de t’amuser. Profite, voyage bien. »

 

Les Nouveaux Travailleurs, le blog d’Isis Latorre

DND : Est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste ton blog Les Nouveaux Travailleurs ?

Isis Latorre : Donc mon blog s’appelle Les Nouveaux Travailleurs. Ce projet est parti de deux choses. Mon premier constat quand je suis sortie de l’école de commerce, s’est fait parce que j’entendais beaucoup de plaintes de la part des gens autour de moi : « Ça va comme un lundi », « Vivement le week-end », « Ça ne se passe pas super bien avec mon manager, mes collègues, etc. ».

Donc en gros, beaucoup de gens qui n’avaient pas l’air très contents dans leur boulot, mais qui y restaient plusieurs mois, voir plusieurs années. Et ça, c’est quelque chose qui m’énerve intérieurement. Je déteste quand quelqu’un se plaint, sans pour autant rien faire pour que ça change.

La deuxième chose s’est passée beaucoup plus tard. J’ai travaillé un an dans une startup, en tant que salariée. Et au bout de six mois, j’ai commencé à travailler en « remote », donc en télétravail à 100 %. Le fait de passer dans ce mode de travail m’a fait réaliser ce dont j’avais besoin en termes de conditions de travail et d’environnement. J’étais donc super contente de pouvoir travailler depuis chez moi, d’être tranquille, de pouvoir organiser mon temps comme je voulais. De ne pas avoir un manager à côté qui peut voir mon écran, qui va râler si j’arrive un peu plus tard ou si je pars un peu plus tôt. Et je me suis rendue compte que j’étais beaucoup plus productive dans ce mode de travail là et beaucoup plus épanouie, même si j’ai quand même rencontré pas mal de difficultés.

Donc je me suis dit que finalement, ce mode de travail était fait pour moi. Or, Je n’en avais jamais entendu parlé avant d’être dans cette boîte. Donc j’imagine que si moi, je n’en avais jamais entendu parlé, alors qu’en plus, j’ai fait un master en entrepreneuriat et j’ai toujours été dans la sphère entrepreneuriale et innovation, c’est probable que beaucoup de personnes n’en ont pas entendu parler non plus. Et je pense que parmi ces gens, il y en a comme moi à qui cela correspondrait beaucoup mieux.

J’ai donc décidé de commencer à parler de ce mode de travail, notamment en parlant de ma propre expérience et en interviewant des personnes qui travaillent également en « remote » depuis quelque temps. Et en même temps, j’avais aussi découvert le nomadisme digital et le slash (le fait de cumuler plusieurs activités parce qu’on a plusieurs passions.). J’avais aussi entendu parler de l’entreprise libérée, un type d’entreprise qui favorise l’épanouissement de chacun dans l’entreprise. Donc une organisation beaucoup plus humaine, bienveillante, et plus dans la confiance que dans le contrôle.

Donc, j’ai décidé de partager tout ça à travers des interviews. Puis en janvier 2018, quand je me suis lancée à 100 %, j’ai réalisé que je voulais aider les gens à être plus épanouis au travail. La solution que je propose, c’est donc de présenter ces modes de travail et de voir si cela aide les gens à s’épanouir.

 

DND : Est-ce que tu arrives à vivre de ton blog ?

Isis Latorre : Jusqu’à ce jour, je suis restée sur du contenu gratuit. Depuis janvier, je créé du contenu sur le blog : des articles, des podcasts et des vidéos.

Et là, justement, cet automne, je vais proposer du coaching. Donc il y aura quelques séances ouvertes pour ceux qui sont intéressés. Puis début 2019, je vais créer une formation en ligne qui pourra être suivie au rythme de chacun.

Donc ce seront ces deux choses qui me permettront de vivre du blog Les Nouveau Travailleurs. Après, certainement plus la formation que le coaching.

 

Le remote, un nouveau mode de travail

DND : Tu es passé en « remote » au bout de six mois dans ton entreprise. Est-ce que c’est ton patron qui l’a imposé, ou est-ce toi qui en as fait la demande ?

Isis Latorre : Un peu les deux. En fait, pendant les six premiers mois, on était deux dans un bureau, mon manager et moi. On était l’équipe webmarketing. Et l’équipe technique, composée de cinq personnes, travaillait à distance. Un depuis chez lui (le PDG). Et les autres, depuis d’autres pays. Donc c’est comme ça que j’ai découvert qu’il était possible de travailler à distance à l’étranger.

Du coup, ça me faisait rêver, et j’ai demandé si j’avais le droit de faire la même chose. Au départ, on m’a dit que je ne pouvais pas, parce que les webmarketers doivent travailler dans un bureau. Et en fait, ce n’est pas vrai ! Le webmarketing, c’est un travail qui se fait essentiellement sur un ordinateur en ligne. En plus, mon travail était à 90 % autonome.

Donc durant les six premiers mois, il n’en était pas trop question. Mais je me suis rendue compte que c’était surtout parce que mon manager avait travaillé 15 ans dans une grande boîte, donc finalement il ne connaissait que ce mode de fonctionnement. Il aimait bien venir au boulot, retrouver son équipe et qu’on partage un espace. Pour lui, c’était difficile de concevoir le télétravail comme quelque chose de constant.

Puis au bout de six mois, ce manager est parti, et la question d’arrêter de payer les bureaux s’est posée, puisque finalement, il n’y avait plus que moi et deux autres personnes, qui venaient d’arriver. Donc, j’ai un peu poussé dans cette direction en expliquant que j’adorerais travailler depuis chez moi, que ça ne me dérangeais pas du tout, et que j’aimerais pouvoir l’essayer.

Finalement, ça a été accepté. En même temps, j’ai changé de poste. Et voilà, ça a duré jusqu’à la fin de mon contrat.

 

DND : Du coup, tu travailles pour une autre boîte ?

Isis Latorre : En fait j’ai été salariée pendant un an dans cette boîte, puis j’ai fait une rupture conventionnelle en avril 2017. Ensuite, jusqu’en décembre 2017, j’étais sur un autre projet entrepreneurial avec une autre personne. Puis, j’ai arrêté ce projet en janvier 2018 pour me concentrer à 100 % sur le blog Les Nouveaux Travailleurs, qui est aujourd’hui mon unique activité.

 

DND : J’imagine que tu as dû économiser pour pouvoir partir sans avoir de source de revenus ?

Isis Latorre : Avec la rupture conventionnelle, j’ai eu 13 mois d’allocations chômage. Ça a duré jusqu’à juin. Et depuis, j’utilise des économies que j’avais fait pendant que j’étais salariée.

 

Isis Latorre

Crédit photo Genna Contento

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Les difficultés d’Isis en tant que nomade digital

DND : Concernant ton mode de vie de nomade digital, y a-t-il eu des difficultés auxquelles tu as dû faire face ?

Isis Latorre : J’ai rencontré des difficultés en termes de productivité. Celles-ci sont surtout dues au fait que je voyage en groupe. Être avec ces personnes me procure un bien meilleur équilibre vie professionnelle, vie personnelle, car on fait plein de choses ensemble, et j’ai plein de nouveaux amis. Mais en contrepartie, comme on est nombreux, il y a toujours quelqu’un qui propose d’aller faire quelque chose, parfois même durant la journée. Qui propose même parfois de prendre une demi-journée off pour aller visiter la ville. Des fois, on prend notre vendredi pour faire un week-end prolongé. Donc c’est très difficile de dire non, et quand je dis non, je me sens délaissée, du coup, je suis moins productive. Et des fois, je dis oui, et ça prend du temps sur mon travail.

Après, le fait de changer d’environnement me donne l’impression que mon cerveau a besoin de quelque temps pour comprendre que je vais travailler ici. Surtout les premières fois, ça m’a pris plusieurs jours. Mais j’ai l’impression que plus je change et plus c’est facile.

Je crois que ça dépend surtout de l’organisation. J’ai une routine le matin qui m’aide à me lancer.

Une autre difficulté que j’ai rencontrée, c’est qu’étant dans un groupe international avec des cultures différentes, on se rend compte que ce qu’on dit ou fait peut être perçu différemment que ce qu’auraient perçus les Français. Donc ça oblige à reconsidérer son comportement et sa manière de parler. À s’adapter aux autres.

Ce n’était pas évident au début, car je suis une personne très intègre, et du coup, je ne peux pas mentir, et j’ai un peu du mal à mettre les formes. Je suis parfois un peu directe, sans vouloir être méchante, mais la façon dont je m’exprime peut-être perçue un peu dure. Surtout par les Américains qui mettent beaucoup de formes quand ils s’expriment.

J’ai entendu dire que certaines personnes pensaient que je ne les aimais pas et que j’avais été méchante envers elles. Sauf que ce n’est pas du tout la personne que je veux être. Je ne veux pas être perçue comme ça. Du coup, j’ai dû faire un effort pour faire attention à la façon dont je parlais et comment je me comportais.

J’ai aussi amplifié certaines choses que je ne fais pas d’habitude. Notamment le fait de montrer mon affection aux autres. En fait, comme on passe seulement deux mois ensemble, on a besoin de rapidement devenir amis (pas forcément avec tout le monde). Donc ça m’a forcé à être beaucoup plus démonstrative.

Une dernière difficulté que je peux ajouter, c’est que comme on s’exprime tous en anglais, j’ai l’impression que je suis un peu moins moi-même qu’en France. En parlant dans ma langue natale, je suis beaucoup plus réactive, alors qu’en anglais, je dois réfléchir un peu plus avant de répondre.

Quand j’en ai parlé avec les autres, ils m’ont dit qu’ils n’ont pas remarqué. Sauf qu’ils ne connaissent pas l’Isis version française.

Je ressens une petite frustration de ne pas pouvoir dire tout ce que j’ai envie de dire, mais après, c’est du détail. On parle ici de la différence entre je parle couramment et je suis bilingue.

Moi, je parle couramment, et honnêtement, c’est très suffisant pour vivre avec ce groupe.

 

DND : Et avec les locaux, est-ce que tu parles anglais aussi ?

Isis Latorre : Non, en fait je parle espagnol. Je l’ai appris à l’école et j’ai passé 5 semaines au Costa Rica pour le perfectionner, parce que les cours ne suffisaient pas. Donc je considère que je parle quasi couramment. Un peu moins bien que l’anglais quand même.

Une fois, j’ai passé tout un après-midi avec la même personne en tenant une conversation pendant plusieurs heures sans soucis. Après, je pense que le plus difficile, c’est de comprendre plutôt que de parler.

 

Pour finir…

DND : As-tu déjà prévu ce que tu veux faire après le Mexique ?

Isis Latorre : Alors j’ai une semaine de vacances à Cuba début janvier avec une de mes meilleures amies. Après, je vais passer mon dernier mois avec WiFi Tribe en Colombie.

Le principe de cette communauté est que quand on s’inscrit, on doit dire combien de mois on veut voyager avec eux pendant l’année qui arrive. Donc moi, je m’étais engagée sur cinq mois. On n’est pas obligé de les faire en continu, mais il faut les écouler avant la fin de l’année. Donc mon cinquième mois sera en Colombie. Après, j’aimerais rester dans ce pays un ou deux mois de plus, puis visiter le Panama et le Salvador, car j’ai un cousin là-bas.

Puis, mi-juin, j’aimerais rentrer en France pour y passer l’été dans ma maison de campagne, pour me reposer un peu.

 

DND : Quel serait le meilleur conseil que tu pourrais donner à une personne qui souhaite devenir nomade digital ?

Isis Latorre : Alors j’en ai trois. Le premier, c’est de bien se renseigner sur ce que c’est vraiment. De dépasser le côté que l’on voit à travers les réseaux sociaux avec les belles images de voyages. Ça fait partie de la réalité, mais il y a aussi des difficultés. Entre autres, celles dont j’ai parlé.

On peut aussi se sentir seul si on ne voyage pas en groupe. Il y a la fatigue due au fait que l’on bouge beaucoup.

Donc mon premier conseil, c’est de bien se renseigner sur ce que ça implique. Pour ça, vous pouvez visiter mon blog, mais il y a aussi pleins d’autres ressources sur Internet.

Mon deuxième conseil, ça serait de faire un test à petite échelle, parce que même si on s’est bien informé, on ne peut jamais savoir comment on va se sentir avant d’y être. Donc il vaut mieux être dans un pays proche, car ça sera plus facile de rentrer si finalement ça ne nous convient pas.

Moi, j’ai commencé à Paris, dans la ville où j’habitais, et ça m’a permis d’apprendre à travailler dans des endroits différents, à expérimenter les problèmes d’internet. Donc c’est bien de tester avant pour repérer les difficultés, et voir comment on se sent.

Enfin, mon troisième conseil, si jamais devenir digital nomad sous-entend démarrer une nouvelle activité, je pense qu’il ne vaut mieux pas faire les deux en même temps.

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